mercredi 5 novembre 2008

Un week-end, un enterrement


Petit récit du week-end d’il y a une semaine.
Une invitation ne se refuse que très rarement, encore moins lorsqu’il s’agit d’un enterrement, qu’il se passe dans un village en brousse, et que tu es Yovo (blanc).

Le départ...

Il est 6h30 du matin, mon réveil sonne. Je l’éteins dans la... paresse et l’envie de me rendormir ! « Quentin bordel ! Motive toi ! Hélène va t’attendre ! ». Hélène, ou Apolline ça dépend des jours, c’est la jeune femme qui fait notre lessive à Antoine (mon coloc’) et à moi, et c’est aussi pour l’occasion la personne qui m’a invité à cet évènement.
Pas le temps de buller, je saute dans mon pantalon en pagne local, j’enfile un T-shirt, je chausse mes claquettes, et me voilà parti direction la place de l’étoile rouge !
Coup de chance, ce gros rond-point imposant construit dans la joie communiste et lieu de tous les échanges (du matelas en mousse, aux meubles en bambou en passant par les plaques-gazinières 3 foyers...) ne se trouve qu’à 100 francs de zem de chez moi (disons 500 bons mètres). Un Yovo fraîchement débarqué aurait payé 200, un local 75, mais bon... que veut-on ?
- « pa(r)don pa(r)don, toi tu as l’a(r)gent ! Il faut me laisser 25 f(r)ancs pour p(r)endre ata (beignets à base de haricots) »... Allons-y pour 100 francs donc.


Arrivée à l’étoile rouge avec un petit quart d’heure de retard, délai tout à fait règlementaire voire encore beaucoup trop naïf compte tenu de la ponctualité béninoise... J’attends Hélène en discutant l’air de rien avec les rabatteurs de taxis.
- « Yovo, yovo ! C’est où !?
- Beeeen... C’est ici...
- Tu vas où ?! On va arrêter le taxi !
- Pour l’instant je reste ici ! On en reparle tout à l’heure...
- Ha... Bon...
Hélène arrive avec sa petite fille d’un an, avec sa flegme habituelle, et sa demi-heure de retard tout autant habituelle à mes yeux. Ni une ni deux, nous nous tassons dans le premier taxi venu direction Ouidah.

Le taxi...

La grosse tata assise à l’arrière n’a pas l’air des plus enchantée quant à l’idée de nous voir monter à ses cotés... Un pépé (prière de l’interpeller « doyen » si besoin est) me fait signe de bien vouloir serrer mes petites fesses afin de lui laisser une place dans le taxi. Nous voilà donc 4 adultes plus un bébé à l’arrière. Après seulement 15 mètres environ, notre chauffeur s’arrête et prend une deuxième personne à l’avant ! Les statistiques disent que la plus grosse tata du taxi s’assied presque sûrement entièrement sur le siège passager avant, en ne laissant qu’une toute petite place sur le frein à main au plus maigre du véhicule (intervalle de confiance à 5% bien sur...)
Après quelques dizaines de kilomètres plein Ouest, quelques pleurs de bébé étouffés dans un sein, et une jambe en moins engourdie par les fourmis, nous descendons du taxi pour prendre un zem en direction d’Akadjamé-Tori, lieu supposé de l’enterrement.

L’arrivée à Akadjmamé-Tori...

Une fois 20 minutes passées à sillonner la brousse sur notre nouveau zem, nous arrivons en toute discrétion dans la communauté dans laquelle a vécu la grande tante séjournant désormais au 3ème nuage, une fois passé le péage de St Pierre.
Un Yovo pour environ 150 personnes... pas facile de se faire discret en réalité ! Alors on se presse, on s’affaisse, on me propose du sodabi (SDB pour les intimes, alcool de palme plutôt violent), du whisky, voire un mélange des deux si le cœur m’en dit. Pas facile de décliner, même quand tu leur expliques que sans petit déj’ et à 9h30 du mat’, tu crains de te faire un trou à l’estomac ! Après un premier verre de whisky, je me permets de leur demander à manger s’ils souhaitent que je les accompagne dans leur recueillement.... :
- « Yovo !! A du nu ronronron ? (je transcris dans la mesure du possible, ma maîtrise du Fongbe n’étant encore que très approximative. Comprendre « Le Blanc. Tu manges ronronron ? »...)
- C’est quoi ronronron ?!
- Ronronron !!!
- Bon beeeenn... Een ! (Oui)
Ronronron, c’était du cochon ! J’aurais pu m’en douter ! Donc quelques bouts de cochon et de pâte de maïs plus tard, un ou deux verres de sodabi plus bas, nous voici partis pour l’église.

L’église, en bref...

L’église, ça n’a jamais été mon fort... au catéchisme du samedi matin, ce que je préférais c’était les dessins sur la page de droite de mon cahier grand carreau petit format et le mini synthé du père Lombardeau qui nous donnait la note. Tout le reste ne m’a jamais vraiment ému. En bon élève, toujours attentif ; aujourd’hui encore, correctement respectueux ; mais honnêtement, jamais ému ;
Voilà donc que je me retrouve sous le toit du Seigneur, à faire mon signe de croix (dans le bon sens s’il vous plait), et à tenter vainement de reconnaître un « notre père » camouflé dans un messe effectuée en Fongbe (« langue Fon » mot à mot) du début à la fin... Alors avec ma politesse grégaire, je me lève quant il le faut, essayant d’épargner mes orteils par cette foutue planche en bois flexible s’affaissant dès que ma voisine de droite monte dessus, et je m’assois en revanche dans un rythme digne d’une finale de natation synchronisée.
Un peu de patience et la technique du flamand rose au moment de la sieste de 13h et nous voici sortis de la maison céleste pour nous diriger vers ce qui sera mon futur bourreau : le repas de midi...

Le repas, la chaleur, et leurs conséquences directes...

- « Suis-moi, une tante nous invite à manger »
Tous assis à une table, une bière servie instantanément, nous voilà rapidement face à face avec du riz avec des bouts de chèvre et un petit mélange sauce tomate / sauce gombo (sauce verte gluante fait à base du légume du même nom et dont la physionomie se situe entre le cornichon et la courgette miniature.
Et puis l’histoire continue et se répète : une repas fini, le soleil tape, une deuxième tante, de la pâte avec de la sauce et des haricots blancs en sauce, un second repas fini, le soleil tape, une troisième tante, une salade de concombre chaude à la sauce huileuse, un troisième repas fini, le soleil tape et c’est l’uppercut ! La cloche sonne, l’arbitre arrête le match, je suis dans les cordes...
Tous me demandent si ça va, je hoche la tête de diagonale en diagonale, et évoque elliptiquement l’idée de faire une petite sieste après le repas... Ni une ni deux, on propose une natte en paille et on m’amène dans une case en proposant de dormir là ! Inutile de se faire prier, j’accepte l’invitation sans plus attendrant et assouvis sans mauvaise conscience ce désir d’horizontalité...

Le réveil...

La chaleur est décidément toujours là et les gouttes de sueur commencent à prendre position dans mes oreilles... J’ouvre un œil, puis un deuxième : il est 16h, cela fait exactement une heure trente que je dors comme un gros bébé ! Quelle image vais-je laisser des Yovo...
Je sors doucement de ma chambre de fortune, et constate que, comme de par hasard, tout le monde semble être au courant de mon petit roupillon ! ça sourit jusqu’aux oreilles, ça me demande si ça va mieux donc... nécessairement, ça leur répond que oui et que ça en avait bien besoin !
A ce moment là, pleins de petits gamins commencent à me regarder... il semblait qu’ils étaient soit à l’école soit ailleurs ce matin même. Ils me scrutent, attendent mon sourire, et commencent à se rapprocher timidement... A leur regard, plusieurs d’entre eux n’avaient jamais vraiment côtoyé de blancs auparavant : pendant que certains me touchent l’avant bras recouvert de peau claire, d’autres me caressent les cheveux ou le bouc. Que faire à ce moment là ? J’ai trouvé : rien, juste attendre... sauf jusqu’au moment où on instinct blanc me rattrape et me pousse à regarder ma montre : il est 16h30 ! Il est temps pour moi de quitter tout ce petit monde pour retourner lentement vers une soirée européenne, toute aussi folle, mais tout de même bien plus balisée.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

sacré quentin, je vois que même loin de frnace tu mène une vie toujours aussi bien rempli! Guère le temps de te reposer, que voilà tu as déjà autre chose à faire. Ta petite remarque sur le synthé du père lombardeau m'a bien fait rigolé : comment peux tu penser à une chose pareil à ce moment là ? ça me semble fou!
J'espère que tout ce passe bien !

A la prochaine quentin!

Loïc